samedi 2 janvier 1993

Nidification et hivernage de l'aigrette garzette (Egretta garzetta) sur le lac d'Artix.

Le premier texte connu sur l'aigrette garzette dans les Pyrénées est celui de (Philippe 1873), il l'a qualifie de passage accidentel, plusieurs furent tuées sur les bords de la Neste près de Labarthe en 1837 et près de Toulouse.
"Enfin le 14 mai 1847, on m'en porta une qu'un chasseur avait tué à la volée sur les bords de la Neste d'Aure".
Victime en plus de la mode, l'oiseau est devenu très rare. Ce n'est qu'en 1962 qu'elle put obtenir sa protection (Yeatman 1971).

Le Lac d'Artix ; 

La première preuve de nidification date de 1969 avec 2 ou 3 couples dans la colonie de héron bihoreau qui est à l'époque de 25 couples (Alberny correspondance du 7/4/1970).
D'autres comptages de 1974 à 1978 font état de 10 nids, dans une correspondance de Jacques Carlon, il évalue la colonie à 11 couples en 82 et 20 couples en 84. 
Ce que nous ne savons pas, c'est les dates d'arrivée et de départ de la colonie car à cette époque, aucun oiseau hiverne sur le site.
A partir de 1985 et jusqu'à ce jour, j'ai fait le suivi de la nidification. 

Les comptages :

La colonie n'étant pas accessible, j'ai donc procédé à des comptages, dès le matin tous les oiseaux partent se nourrir sauf les ceux qui couvent.
J'ai donc effectué mes comptages en périodes de couvaison vers le 15 mai par bonne météo. Les aigrettes suivent le gave en aval et surtout en amont de leur colonie, une personne à chaque extrémité de celle-ci suffit. 
Jamais une couvaison n'est abandonnée, donc nous comptons le nombre de départ moins 10% pour une marge de sécurité et nous obtenons le nombre moyen de couple. 

Résultat 1985 à 1992 : (Couples reproducteurs).

1985: 20 couples. - 86:25 cp. - 87:27 cp. - 88:30 cp. - 89:35 cp. - 90:40 cp. - 91:45 cp. et 1992:50 couples. 

La progression est lente mais assez constante, la marge d'erreur est de plus ou moins 2 couples, c'est pour cela que le chiffre est arrondi.

L'hivernage

Artix, le premier hivernant a été observé le 12/1/79 par Gérard Blake et régulièrement ensuite, voici le tableau.

1979/80, 1 ind. - 81/2, 3 ind. - 82/3, 4 ind. - 83/4, 5 ind. - 84/5, 6 ind. - 85/6, 11 ind. - 86/7, 23 ind. - 87/8, 24 ind. - 88/9, 39 ind. - 89/90, 72 ind. - 90/1, 93 ind. - et 1991/92, 105 individus. 

Il y aura un problème pour compter les oiseaux en hiver 1992/93, car la tempête a détruit l'arbre mort et le nouveau dortoir est assez diffus pour l'instant est très difficilement visible. 
La méthode de comptage sur un site d'hivernage se fait à partir d'une heure avant la nuit tombante. Il suffit de compter un à un les oiseaux se posant sur l'arbre ou sur les arbres, souvent un arbre mort ou un grand saule. 

De la relation nidification/hivernage :

En Aquitaine, le premier cas connu d'un début d'hivernage est situé sur le bassin d'Arcachon dont voici le détail: 

1975/76, 2 individus. - 76/7, 8 ind. - 77/8, 20 ind. - 78/9, 67 ind. - 79/80, 130 ind. - 80/1, 262 ind. et 1981/82, 530 individus. (Source Barande 1984).

C'est en 1982 que débute la nidification sur le bassin d'Arcachon après un hivernage de 530 oiseaux (Barande 1984), ce qui est anachronique. 
Alors qu'à Artix il faudra attendre 10 ans après la nidification pour que l'hivernage ne débute, même cas sur la façade atlantique où l'hivernage est connu depuis le début des années 1970 (Duhautois, Marion 1982), et la nidification n'a débuté qu'au début des années 1960. 

Ce phénomène étant plus normal puisque l'aigrette est migratrice, ses quartiers d'hiver habituels sont le sud de l'Espagne, l'Afrique du nord et l'Afrique occidentale tropicale (Géroudet 1978). 
Le cas du bassin d'Arcachon est sûrement lié aux conditions du biotope et à l'attrait du parc ornithologique. 
Ces 500 hectares de vasières à basse mer et le peu de dérangement humain, permettant aux oiseaux de profiter pleinement des crevettes très abondantes (Barande 1984).

Le régime du gave de Pau, torrentiel et de basse eaux favorise la recherche de petites proies. Des aigrettes ont été observées à près de 50 km en amont du dortoir (Nay) et jusqu'à 24 ensemble au pied d'un seuil. Tous les pieds des seuils semblent être des zones de gagnages très appréciées par les aigrettes, les postes de pêche y sont disputés. 

De cela, et avec la douceur du climat en hiver, l'aigrette sur ce site, c'est semi-sédentarisée, elle ne redevient migratrice que lors des coups de froid et à partir de gelés vers - 5°. 

Dans tous les cas d'hivernage, l'aigrette a besoin de dortoirs collectifs, elle est grégaire, j'emploi aussi le terme de semi-sédentarisation parce-qu'au fil des années et avec phénomène de rémanence très employé chez les oiseaux, ils arrivent à perdent le réflexe migratoire et c'est ainsi qu'un grand nombre périssent lors des périodes de gel prolongé (Hafner 1991), "825 cadavres découverts lors du grand froid de 1985".

Analyse :

La nidification sur le lac d'Artix a été due: 
1- au passage migratoire postnuptial d'aigrettes se rendant dans les marais de l'ouest atlantique

2- A l'attrait de la colonie de hérons bihoreaux du lac. Dans le sud-ouest les sites ont été d'abord colonisés par les bihoreaux, ensuite les aigrettes s'y sont installées.

3- De la tranquillité du site de nidification.

4- De la qualité des ressources alimentaires qu' a offert la saligue, le gave de Pau, et la décharge d'ordure d'Artix. 

L'Avenir :
Tant que le lac d'Artix restera une réserve impénétrable, tant que la saligue persistera, l'aigrette garzette fera partie de notre avifaune? c'est surtout la tranquilité du site de nidification qui est le facteur déterminent, l'autre facteur est aussi la tranquillité du site d'hivernage, car la qualité des eaux du gave de Pau ira en s'améliorant de part la prise de conscience actuelle.

Bibliographie : par ordre chronologique.

Philippe (1873), Ornithologie pyrénéenne, oiseaux sédentaires. Oiseaux de passage dans les Pyrénées françaises. Cazenave Bagnères 158  pages.

Yeatman Laurent (1971), Histoire des oiseaux d'Europe. Bordas Paris 363 pages.

Géroudet Paul (1978), Grands échassiers, gallinacées, rales d'Europe. Delachaux et Niestlé. Neuchatel 429 pages.

Feigné Claude (1979), Bilan des dénombrements d'ardeidés en Aquitaine et dans les Pyrénées occidentales. Le courbageot 6:24-25.

Grisser P., Sargos F. (1982), statut des ardéidés en Aquitaine, Bilan 1977/1980. Le courbageot 9:1-28.

Duhautois L., Marion L. (1982) Protection des hérons des résultats ? Courrier de la nature 78:23-32.

Barande Serge (1984) L'Aigrette garzette sur le bassin d'Arcachon. Le courbageot 10:6-18.

Yeatman - Berthelot (1991) Atlas des oiseaux de france en hiver. S.O.F Paris 575 pages. 

Andréas Guyot.
La Bergeronnette 13:2-6 (1993) premier trimestre.

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